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Year:
2015
Publisher:
HQN
Language:
french
Series:
HQN
File:
EPUB, 1.14 MB
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1

(Gesamtausgabe) Die Saga der Adamanten - Welt

Year:
2012
Language:
german
File:
AZW3 , 2.17 MB
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2

Zombie Hunters (Love Should Be Explosive!)

Year:
2014
Language:
english
File:
EPUB, 448 KB
0 / 0
Le pacte



Après la cérémonie de remise des diplômes, Austin et moi avions regagné notre emplacement fétiche : le fond du jardin de mon père. Assis sur la pelouse mal entretenue, adossés à la palissade, nous savourions nos bières, plus tout à fait fraîches. Derrière moi, j’entendais le rire enfantin de Madeline, jouant dans la piscine qu’avait remplie Austin pour elle.

— Maddie s’est remise de son angine, visiblement, commentai-je dans un sourire.

— Elle te vénère, tu sais.

— Je sais, admis-je avec prétention.

Des couettes, des tâches de rousseur et la franchise désarmante de l’enfance : la très jeune sœur d’Austin, Madeline, était adorable.

Adorable, quand on faisait fi de ses incessantes questions sur le bleu du ciel, quand elle ne dénonçait pas les escapades nocturnes de son frère et quand son pied ne trouvait systématiquement pas mon tibia.

— Sincèrement, j’ai toujours cru qu’on finirait dans ce bled, lança Austin avant de porter sa bière à sa bouche.

— Le festival de la citrouille ne va pas te manquer ? demandai-je en souriant.

— Ni le festival ni Morton ! J’attends ce moment depuis que je suis en âge de plaquer le coach Miller !

J’étouffai un rire, me remémorant furtivement l’épisode ubuesque d’Austin fonçant, tête baissée, vers le quarterback de Tremont. Mais ce dernier était nettement plus agile qu’Austin et était parvenu à esquiver le plaquage. Mon père, le glorieux coach Miller, craint et respecté par son équipe et ses collègues depuis des lustres, n’avait pas eu cette chance.

Austin n’avait que 10 ans à l’époque et c’était une anecdote dont toute la ville se régalait encore.

— Tu es le fils que mon père aurait aimé avoir, dis-je à Austin.

— Tu es le fils que ma mère aurait aimé avoir ! contra-t-il en m’ouvrant une nouvelle bouteille de bière.

Nous replongeâmes dans le silence, sirotant comme deux héros valeureux notre victoire sur Morton et ses 5 000 âmes. Nous portions encore nos toges de diplômés, savourant enfin notre liberté durement acquise. Austin, grâce à ses étonnantes capac; ités physiques ; moi, grâce à mes non moins étonnantes capacités en cuisine.

D’ici une semaine, nous serions à Chicago. D’ici une semaine, Austin ne serait pas seulement mon meilleur ami, mais aussi mon colocataire. D’ici une semaine, je n’habiterai plus ma petite chambre, mais le loft d’Austin, un cadeau de son père, très sportif, très riche et très coupable d’avoir abandonné sa famille pour une vie de strass et de paillettes.

— Je ne sais pas comment te remercier, lançai-je finalement. Pour m’héberger…

Il recracha un peu de sa bière, passa le dos de sa main sur sa bouche et me fixa d’un air ahuri.

— C’est quoi au juste, cette poussée hormonale ? s’enquit-il, le sourire aux lèvres.

— Certainement un moment d’égarement !

Je secouai la tête, comme pour chasser la vague de reconnaissance et de respect que j’avais pour Austin. Sans lui — du moins sans son père riche et coupable —, j’aurais fini dans un dortoir puant et humide.

— On va pouvoir faire la fête tous les soirs, s’esclaffa-t-il après un court silence.

J’approuvai d’un hochement de tête, avalant une nouvelle gorgée de bière. La liberté, au moins pour aujourd’hui, avait goût de houblon.

— Et se faire des filles tous les soirs, continuai-je. Sans que ta sœur ne fasse son rapport détaillé !

Austin grogna son approbation avant de hocher énergiquement la tête.

— Qui vient te faire ses adieux ce soir ? demanda-t-il. Kate, Linda, Jane ?

— Carrie, avouai-je fièrement.

Mon meilleur ami écarquilla les yeux, manquant de nouveau de cracher une partie de sa bière. Il me tendit son poing, que je frappai du mien. Il arborait sa moue respectueuse d’approbation. La même moue admirative qu’il affichait quand un adversaire parvenait à lui échapper.

— Miller, je vais finir par ériger un totem à ta gloire ! La fille du pasteur ? Vraiment ?

— Vraiment. Chez elle en plus ! soulignai-je.

— Respect, mec ! Respect ! Je vois Lisa ce soir.

— Lisa ? Encore ?

— Cinq mille habitants ! Forcément, au bout d’un moment, on épuise le cheptel !

— Classe, très classe, Austin ! le tança une voix derrière nous.

Nous pivotâmes d’un seul mouvement, rencontrant le regard bleu océan de ma sœur cadette. Elle avança vers nous et s’assit aux côtés d’Austin, capturant sa bière pour la porter à ses lèvres.

— Alors ça va être ça votre vie ? Des bières et des filles ?

— Possiblement en même temps, suggérai-je, récoltant un nouveau grognement heureux de la part d’Austin.

Sophia lui rendit sa bouteille, accompagnée d’une grimace. Ma sœur, sa repartie et sa capacité à me mettre en rogne en cinq secondes allaient curieusement me manquer. Elle posa sa tête sur l’épaule d’Austin, qui en retour plaça son bras autour d’elle. Je me raclai bruyamment la gorge, mon meilleur ami la relâchant dans la seconde.

— Lisa, alors ? demanda Sophia à ce dernier. Franchement, je ne vois pas bien ce que vous lui trouvez tous !

— Des seins !

— Et des fesses, complétai-je, qui tiennent impeccablement dans nos mains !

— Vous êtes des porcs !

Elle éclata de rire, pendant qu’Austin et moi, nous nous congratulions de notre excellente réputation auprès des femmes. Le lycée avait au moins eu cet aspect intéressant : l’apprentissage et le goût de la découverte. Austin et moi étions certainement l’équivalent des conquistadors espagnols sur l’Amérique encore vierge : motivés, prêts à tout et ne revenant jamais sur leur pas.

Jamais, c’était la règle de base.

— Tu pourras nous rendre visite, suggéra Austin.

— Tu m’invites chez toi ? s’étonna Sophia, en me lançant un regard en biais.

— Nous avons une chambre d’ami, précisai-je.

— A côté de la mienne, compléta mon meilleur ami.

— Et qui ferme à clé, finis-je. D’ailleurs, tu dormiras dans ma chambre, ça sera nettement plus confortable !

— Connor ? m’interpella-t-elle.

— Oui ?

— Va te faire voir !

Et pour asseoir sa réplique, elle m’adressa un magistral doigt d’honneur auquel je répondis par un clin d’œil affectueux. La parade de la séduction entre Sophia et Austin était aussi une des raisons pour laquelle j’étais ravi qu’il quitte Morton. Je savais qu’elle lui plaisait ; et je savais aussi ce qu’Austin faisait aux filles, notamment parce que je le faisais aussi. La plupart du temps, ce que nous faisions nous excluait radicalement de la case « mecs bien ».

— Je vous laisse entre… australopithèques, sourit-elle en se redressant.

Austin la suivit du regard, pendant qu’elle s’éloignait en direction de la maison. Depuis quand ma sœur chaloupait-elle autant des hanches ? Et depuis quand mon père avait-il autorisé le port de short si court ? Sophia tourna son visage vers nous, nous adressant un sourire éblouissant. Austin la salua d’un geste de la main, pendant que j’enfonçai violemment mon coude dans ses côtes.

— Pas ma sœur, grondai-je d’une voix menaçante.

— Je sais, on ne lorgne pas sur les sœurs ! râla-t-il avant de reprendre de sa bière.

Sophia réapparut dans notre champ de vision, un panier à linge calé dans le creux de ses hanches. Il me sembla distinguer l’ombre d’un sourire, mais je n’en étais pas certain. Austin la fixait, envoûté, le goulot de sa bouteille posé sur son menton. Je poussai un long soupir, j’avais espéré qu’avec sa promesse de ne pas toucher Sophia, il finirait par s’en lasser.

— Austin ! grondai-je en claquant des doigts devant lui.

— Désolé, mec. Mais ta sœur est…

— Ne finis pas cette phrase ! le coupai-je aussitôt. Ni maintenant ni jamais ! Tu ne touches pas ma sœur… et je ne toucherai pas la tienne, finis-je en riant de ma mauvaise blague.

— Madeline a 8 ans ! geignit-il. Et elle est chiante. Alors que ta sœur est juste…

Sa voix s’éteignit quand il surprit mon regard sombre et désapprobateur. Nous avions déjà eu cette discussion. Mais je refusai que Sophia soit un prénom de plus dans la longue liste des conquêtes d’Austin. Elle méritait mieux, elle méritait plus. De toute évidence, parce qu’elle était ma sœur et parce qu’elle était géniale, elle méritait un mec bien.

— On ne touche pas aux sœurs, répétai-je en tendant la main pour sceller ce pacte.

— Jamais ? souffla mon meilleur ami, consterné. Jamais, jamais ?

— Jamais. Tu pourras sortir et malmener toute l’équipe des pom-pom girls des Bulls, mais tu ne toucheras pas à ma sœur, pigé ?

— C’est injuste ! Ce pacte ne bride que moi !

— Et c’est ce qui le rend encore meilleur !

Avec réticence, Austin cala sa main dans la mienne et le pacte fut scellé. J’étais satisfait, Austin était d’une loyauté sans faille et avec cette centaine de kilomètres entre ma sœur et lui, j’étais certain que Sophia ne risquerait rien.

Je finis ma bière, le sourire aux lèvres. Austin dévorait toujours Sophia du regard, pendant que, derrière la palissade, j’entendais la voix enfantine de Madeline chantonner.

Oui, mon plan était parfait.

Parfait, ou presque.





Rencontre avec ma future ex-meilleure amie



Quand vous venez au monde et que la famille et les amis au grand complet viennent vous admirer et s’extasier devant votre mine chiffonnée et votre moue boudeuse, ils vous souhaitent le meilleur. Ils espèrent que vous serez un adulte intelligent, une belle fille, une femme accomplie.

Ils vous souhaitent une vie de rêve, parsemée :

1) de réussites professionnelles : elle sera médecin, c’est certain ;

2) d’une vie d’épouse idéale : elle fera des tartes comme Caroline Ingalls en attendant que son bûcheron de mari rentre à la maison ;

3) d’une personnalité parfaite : elle aura le sourire, sera conciliante et polie.

Une vie de rêve donc.

Je cherche encore à comprendre pourquoi ma vie ne ressemble pas exactement à ça. Le karma ? La mauvaise volonté ? L’envie de contredire mon prochain ? Oh ! maintenant ça me revient : parmi toutes les bonnes fées penchées sur mon berceau s’est glissée une ombre. Une ombre aux cheveux bruns, aux yeux marron et à l’énergie un peu trop débordante : mon frère, Austin. A 10 ans, estimant certainement que j’étais une menace pour ses jouets, sa liberté et l’amour inconditionnel de maman, il m’a jeté un sort. Je suis donc maudite, condamnée à affronter toutes les plaies que le destin ne cesse de m’envoyer en ricanant.

Je ne suis pas médecin, juste infirmière.

Je ne suis pas une épouse idéale. Rien que le mot « épouse » me flanque une poussée d’urticaire. Sans parler de mes dons en cuisine, vous en pleureriez.

Et de toute évidence, je ne suis pas une fille ultra-souriante ; quant à mes talents diplomatiques, ils avoisinent le néant.

— Bordel, Austin ! râlai-je.

Oh. Et je ne suis pas polie non plus. Non content de m’avoir jeté un sort de guigne éternelle à ma naissance — sort qui faisait concurrence à n’importe quelle punition mythologique —, Austin venait de me jeter… sa bouteille d’eau sur les cuisses.

— T’es vraiment un irrécupérable crétin ! Merde !

— Désolé, sœurette, on m’a bousculé.

Je tamponnai une serviette en papier sur mon jean, en vain. Le tissu était trempé et je sentais l’humidité s’étendre jusqu’à mes genoux.

— Ça va sécher, murmura Austin.

— Ça va geler ! Il fait 2 degrés ! m’énervai-je. Et en plus, tu es en retard !

— J’ai été retenu à l’entraînement.

— Epargne-moi les détails graveleux, contrai-je en replongeant le nez dans le journal.

— J’ai fait de la musculation.

— Je refuse même d’imaginer ce que tu étais en train de muscler.

— Maddie, je t’assure que…

— Tu as un suçon dans le cou, expliquai-je tout en entourant une annonce.

Austin grommela une litanie de jurons, puis décala sa chaise pour s’installer à mes côtés. Je n’avais que quinze minutes avant d’aller à l’hôpital pour l’inévitable première visite des lieux. Avec un peu de chance, je parviendrais à ne pas me faire vomir dessus par une cohorte de scouts.

Je bus une gorgée de mon café, dégotant une nouvelle annonce.

— Hors de question, dit fermement mon frère en tapotant l’annonce de l’index. Le quartier est infâme !

— Mon salaire est infâme, Austin !

— Et celle-ci, continua-t-il en désignant ma seconde trouvaille, est suspecte.

— Elle est très bien ! Une chambre, un coin cuisine et une douche. C’est parfait !

— C’est au deuxième sous-sol. C’est une cave, Maddie !

Je jetai un œil sur le texte de l’annonce. Austin avait raison, c’était effectivement une cave. Je poussai un profond soupir de désespoir, ma tête heurtant la table. Trouver un appartement à Chicago tenait du miracle. Austin souleva ma tête, tira le journal et contempla le désastre : deux pages de petites annonces immobilières, toutes plus désespérantes les unes que les autres.

— Tu peux toujours demander à papa de t’aider.

— Je ne lui ai pas parlé depuis au moins cinq ans ! Et notre dernière conversation était loin d’être sereine. J’ai encore ma fierté.

— Ta fierté va attraper un sacré coup de froid quand tu devras dormir dans ta voiture !

— Mieux vaut une fierté grippée qu’une fierté disparue, m’agaçai-je en lui arrachant le journal des mains. Il doit bien y avoir quelque chose d’abordable dans cette ville.

— Hormis une place de parking ? se moqua Austin. J’en doute. Ceci dit, j’ai peut-être une idée !

— Laisse-moi une minute, j’appelle CNN.

Mon frère me pinça les côtes en guise de réponse et reprit le journal d’entre mes mains. J’étouffai un rire, oubliant pendant quelques secondes que j’étais officiellement sans domicile fixe. Je pivotai vers lui, prête à écouter sa suggestion. Sincèrement, j’étais à court d’idée et même un vestiaire de sport puant la transpiration et la basket périmée aurait pu faire mon bonheur.

— Je peux t’héberger, proposa Austin sans lâcher des yeux le journal.

— J’ai repéré un pont à côté de l’hôpital, ça sera parfait.

— Ne sois pas ridicule. Papa m’a offert ce loft et je peux tout à fait t’accueillir.

— Et je peux tout à fait te tuer dans ton sommeil, après deux jours de cohabitation.

— Je croyais que tu étais désespérée.

— Oui. Cela ne veut pas dire que je suis suicidaire ! Vivre avec toi, dans ta… garçonnière, grimaçai-je, est hors de question. Je dois alterner entre mes gardes et mes études, j’ai besoin de calme, pas d’un baisodrome doublé d’un bar clandestin.

— Un baisodrome ? s’esclaffa-t-il.

— Austin, l’industrie du préservatif ne tient qu’à ton mode de vie. Si un jour tu te maries — et je plains d’avance cette pauvre âme —, le cours du latex s’effondrera.

— Je suis vexé, dit-il, une main sur le cœur.

— Tu es un obsédé, rectifiai-je. Et je refuse de vivre avec toi et ton taux himalayen de testostérone. Je trouverai quelque chose, affirmai-je, convaincue en repliant le journal.

— Parfait. Quand tu auras épuisé toutes tes options, tu sais où me trouver !

— A la pharmacie ?

— Tu pues la jalousie, avec une pointe de… frustration.

— Et tu pues… tout court. Je dois y aller, je vais finir par être en retard.

Je remballai mes affaires et calai la lanière de mon sac sur mon épaule. Austin régla sa consommation et bondit de sa chaise pour me suivre. Nous sortîmes du café et nous dirigeâmes vers l’hôpital. Je n’étais pas d’une nature inquiète, mais ne pas savoir où j’allais dormir ce soir commençait à me tourmenter. Je devais rester six mois dans cette ville et je ne pouvais pas me permettre de vivre à l’hôtel.

— Je fais une soirée ce soir, tu veux venir ? Bières, tequila et de la musique, proposa Austin.

— J’ai ralenti sur la tequila, souris-je. Cela réveille la Maddie-prête-à-tout-et-que-rien-n’arrête.

— J’aime bien cette Maddie. Et je veux bien vivre avec elle !

— Le sujet est clos, Austin. Je ne vivrai pas avec toi. Je passerai ce soir, promis-je.

Je déposai une bise sur sa joue, avant de grimacer et de lui frapper l’épaule du poing… et de manquer de me casser le métacarpe dans la manœuvre.

— Par respect pour tes invités, prends une douche.

Austin éclata de rire et je traversai l’avenue pour rejoindre l’entrée des urgences. J’avais une dernière carte en main : les nouvelles infirmières. Toutes celles qui, comme moi, débarquaient à Chicago et cherchaient un toit. Je ne pouvais pas vivre avec Austin, mais vivre avec une autre infirmière était tout à fait acceptable.

Par essence, les infirmières sont majoritairement non-fumeuses, mangent sainement, ont un tempérament calme.

Et de toute évidence, je fais exception à cette règle de l’infirmière bien sous tous rapports.

Je soupirai en prenant possession de mon vestiaire. Je jetai un coup d’œil autour de moi. Parmi ma petite dizaine de collègues fraîchement arrivées, il devait bien y en avoir une qui répondait au portrait-robot de la colocataire idéale. Vivre avec Austin était impensable, mais je devais admettre que son loft était plus agréable qu’un gourbi dans un sous-sol avec toilettes sur le palier. Je secouai la tête, repoussant l’idée.

Vivre avec Austin signifiait slalomer entre ses chaussettes, rincer la douche après lui et subir la ribambelle de vagins sur pattes qui défilaient chez lui.

La responsable des infirmières rassembla notre petit groupe dans le couloir et nous guida à travers les différents services. Il s’agissait surtout d’un repérage. Après une heure de visite, nous parvînmes dans la salle d’attente des urgences, bien garnie pour une fin d’après-midi.

— Ici donc les urgences. Nous sommes spécialisés dans les traumas et nous accueillons les cas pédiatriques.

— Génial, marmonnai-je. Encore plus de vomi !

— Avez-vous des questions ? demanda notre guide.

Au même instant, une jeune fille passa les portes coulissantes, une boîte de beignets sous le bras, braillant les Bee Gees à en perdre haleine. J’esquissai un sourire, me pinçant les lèvres pour retenir le rire monstrueux qui couvait.

— Stayin’ aliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiive !

Elle retira l’écouteur fiché dans son oreille, toisa la petite foule médusée devant elle et haussa les épaules.

— Quoi ? C’est bien le but de tous ces gens : rester en vie ! Quelqu’un veut un beignet ?

Elle ouvrit la boîte et nous en proposa. La guide reprit ses notes, ignorant la nourriture qui circulait devant ses yeux.

— Ashley Foster ? lança-t-elle.

— Enchantée, sourit la jeune fille, extatique.

— En retard plutôt ! corrigea notre guide.

— Vous êtes certaine de ne pas vouloir un beignet ? proposa-t-elle de nouveau.

— Madeleine, auriez-vous l’obligeance d’amener Mlle Foster à son vestiaire ?

Ma poisse, encore et toujours. Déjà à l’école, j’étais la bonne poire qui amenait ses camarades à l’infirmerie. Inutile d’être Freud pour comprendre d’où vient ma vocation. D’un signe de tête, j’indiquai à Ashley de me suivre. Au passage, je capturai un beignet et le fourrai dans ma bouche.

— Laisse-moi deviner, j’ai manqué : la visite des services, le passage par la cafétéria et la présentation à tout un tas de médecins prétentieux ? s’enquit-elle.

— On n’a pas encore vu les médecins, souris-je.

— Merde. J’ai toujours la sensation d’entrer au harem et d’attendre qu’on me marque au fer rouge.

Je devais admettre qu’elle n’avait pas tout à fait tort. A notre prise de service, un médecin décrétait qu’on était à son service — corps et âme — pendant la durée de notre garde.

Je désignai son vestiaire à Ashley. Pendant qu’elle déposait ses affaires, je jetai un coup d’œil au panneau d’affichage. Ici et là étaient punaisées des annonces et des messages. Avec un peu de chance, j’y trouverai mon prochain toit.

— Tu cherches un appartement ? demanda Ashley derrière moi.

— Une colocation.

— Je crois qu’il reste une chambre dans l’appartement que j’occupe.

— Vraiment ? m’exclamai-je, ravie. C’est où ? Et c’est combien ?

Ashley mordit dans son beignet. Avec une rare élégance, elle me répondit, la bouche encore pleine. J’avais au moins un point commun avec elle : elle ne répondait pas non plus exactement au cliché de l’infirmière. Elle s’essuya la bouche du dos de la main et répéta le montant du loyer.

Je fis la moue, c’était exorbitant. Mon bel espoir s’envola aussitôt, me replongeant dans l’angoisse. Où allais-je dormir ce soir ?

— Sinon, tu peux toujours sortir avec un médecin !

— Quoi ? m’écriai-je, ahurie.

— Un médecin. Basiquement, ça ne sert pas à grand-chose, mais leurs apparts sont toujours super.

— Et tu me parles de harem ?

— Je tente de te trouver une solution. Tu as l’air d’être la seule fille normale ici.

— Tu ne connais même pas les autres !

— Tu es la seule à avoir pris le beignet à la confiture de myrtille. On va être amies. Tu aimes le disco ?

— Non ! m’exclamai-je, estomaquée.

— Fantastique !

— Est-ce que tu prends… euh… des drogues ?

— Parce que je chante ? s’amusa-t-elle.

J’opinai, effrayée d’avoir en face de moi une sorte d’alter ego en plus… vitaminée. Ashley, dans son état normal, ressemblait à s’y méprendre à la Maddie-prête-à-tout-et-que-rien-n’arrête : un brin barrée, mais attachante.

— On y retourne ? Je ne veux pas louper la marque au fer rouge ! lança-t-elle.

— J’arrive.

Elle avala d’une bouchée son beignet et en prit un second. Elle déposa la boîte sur la table qui trônait au centre des vestiaires. Je la suivis des yeux, médusée et presque sous le choc, pendant qu’elle quittait la pièce en chantant I Want to Break Free.

Même si elle avait proposé de me loger gratuitement, j’aurais refusé. Cette fille était frappée. Je collai mon téléphone contre mon oreille, me pinçant l’arête du nez de désespoir.

Ce que j’allais faire était terrifiant.

— Austin ? C’est d’accord, je viens vivre chez toi.

— Génial ! Pour ce soir…

— J’ai des conditions, ajoutai-je rapidement. Je ne fais pas ton ménage ni ta cuisine. Et je ne suis pas non plus ta secrétaire. Je te verserai un loyer et je participerai aux courses.

— Eh bien, voila une première mission pour toi : ramène de la tequila !

Et il raccrocha, sans me laisser le temps de répondre. En traînant des pieds, je me dirigeai vers la porte, prête à affronter la meute de médecins. Au passage, je récupérai un beignet, cachant mon désespoir dans le sucre. Je rejoignis les infirmières et me plaçai près d’Ashley. Lui donnant un coup de coude, je chantonnai avec elle.

— Oh ! I want to break free !





Le première des mauvaises décisions



Quand on est jeune, on prend de mauvaises décisions.

On ajoute de la tequila au punch du bal de fin d’année, on se permet d’arriver en short à sa remise de diplôme, on jure solennellement de ne pas toucher à la sœur de son meilleur pote.

Ça, c’est la première mauvaise décision. Celle qui pourrit ma vie au quotidien, celle que je regrette amèrement chaque matin, celle que je maudis chaque soir.

C’est lors de mes visites à l’hôpital que je suis devenu ami avec Connor. Je venais prendre de ses nouvelles après l’avoir accidentellement plaqué au sol. Il lui manquait deux dents. Au fil de nos conversations, nous nous sommes trouvé des points communs. Et je pense que les deux bières que j’ai ramenées en cachette lors de ma toute dernière visite ont joué en ma faveur. De ce jour, notre amitié était scellée.

Nous avions le même sens de l’humour, la même envie de quitter ce maudit bled de Morton. Et surtout, Connor et moi avions la même passion des filles. S’il jouait sur son côté esprit créatif et sur son look de jeune premier faussement torturé, personnellement, je m’appuyais sur ma réputation de sportif. A nous deux, nous avons très certainement conquis huit filles sur dix à Morton.

Huit sur dix, oui. Vous trouvez ça dégoûtant, immoral ou indécent ?

Pour nous, il s’agissait juste d’un jeu, auquel toutes les participantes étaient volontaires. Nous ne promettions rien — surtout pas une relation suivie et exclusive —, nous ne mentions pas sur nos intentions, nous séduisions, nous prenions, nous jetions.

Huit filles sur dix donc.

Les 20 % restant incluaient les filles intelligentes — celles qui avaient compris notre manège et s’estimaient trop bien pour nous — et… la sœur de Connor.

Sophia.

J’ai croisé Sophia pour la première fois à l’hôpital. Elle n’avait que 13 ans à l’époque, et moi, j’étais sous l’influence tyrannique de la puberté, mes neurones atomisés par mes hormones. Sophia était déjà très jolie : blonde, mince, des yeux rieurs, un sourire lumineux à peine terni par son appareil dentaire.

Sophia, l’inaccessible.

Elle n’était ni naïve ni crédule et encore moins épatée par mes performances sportives.

Sophia, la provocante.

Très vite, Connor guetta dans l’ombre. Il refusait que Sophia devienne une proie. Et moi, je refusais de comprendre que Sophia était bien plus qu’une proie. Une fille comme elle, une fille sortie de vos rêves les plus dingues, de vos fantasmes les plus débridés, ne pourrait jamais être une simple proie.

Je ne suis qu’un homme. Alors, évidemment, j’ai tenté ma chance. Nous fêtions la fin du championnat, dans le garage d’un ami. Connor était hors de vue, j’avais bu, Sophia dansait. Elle me plaisait. Elle me souriait, cherchait mon regard parmi la foule. En fait, elle me draguait.

J’ai posé mon verre, me suis levé de ma chaise et j’ai pris sa main. Elle était chaude et douce. Elle a entremêlé ses doigts aux miens et m’a souri. Et comme un imbécile, j’y ai cru !

En moins d’une seconde, elle a tiré sur mon bras, me l’a tordu, avant de me faire une clé de bras et de me paralyser complètement.

— Tu rêves, Austin, a-t-elle murmuré à mon oreille.

Elle m’avait ensuite libéré et pincé la fesse droite pour faire bonne mesure. J’ai frôlé la luxation de l’épaule et le médecin m’a défendu de jouer pendant près de deux mois. Je n’ai jamais avoué à personne l’origine de ma douleur persistante dans le bras les jours de pluie. C’est un secret que j’adore partager avec Sophia. C’est l’une des choses qui nous lient.


***

Quelques semaines plus tard, j’ai obtenu mon diplôme… et mon passeport pour la liberté. Connor, quant à lui, a été admis dans une école de cuisine. Ce crétin était incroyablement doué avec des casseroles et ce truc fonctionnait invariablement avec toutes les filles qu’il croisait.

Quelques jours avant le départ pour Chicago, nous sirotions chacun notre bière, quand j’ai pris la pire décision de toute ma vie. A ma décharge, Connor m’a pris dans un moment de faiblesse, un moment d’égarement où je fixai avec gourmandise les fesses de Sophia, moulées dans un short qui mettait ses longues jambes fuselées en valeur.

— On ne touche pas aux sœurs, a soudain proposé Connor en tendant sa main pour sceller cette promesse.

— Jamais ? ai-je murmuré. Jamais, jamais ?

— Jamais. Tu pourras sortir et malmener toute l’équipe des pom-pom girls des Bulls, mais tu ne toucheras pas à ma sœur, pigé ?

— C’est injuste ! Ce pacte ne bride que moi !

— Et c’est ce qui le rend encore meilleur ! s’est-il réjoui.

Oui, c’était la première des mauvaises décisions de ma vie. Mais je comprenais Connor. J’avais aussi une sœur, beaucoup plus jeune, et je redoutais le jour où elle finirait par me présenter un homme. Qui plus est, un homme comme moi ou Connor. Nos sœurs méritaient mieux de toute évidence.

J’ai juré. J’ai promis.

Il n’y a même pas eu de chantage : Connor n’a pas juré ma mort si je rompais ma promesse, je ne me suis pas engagé à mettre mes bijoux de famille sur le billot si jamais je succombais à Sophia. Mais j’ai promis à mon meilleur ami, à mon frère, au mec à qui j’ai cassé deux dents, que je ne toucherai pas à sa sœur. Et je suis un type qui tient ses promesses.

Je suis un type qui tient douloureusement ses promesses.

Depuis notre aménagement à Chicago, Sophia était toujours là. Elle gravitait autour de nous, participait aux fêtes, dînait avec son frère, riait de mes blagues. Parfois, je captais un regard, elle me souriait et trouvait ensuite une magnifique vacherie à me lancer.

Elle savait parfaitement que Connor m’interdisait même d’y penser. Je crois sincèrement qu’elle adorait me voir impuissant et incapable de gérer la situation correctement. Elle jubilait, je me torturai. Je cherchai sans cesse un moyen de contourner le pacte, en vain. Parler à Connor était certainement la meilleure des solutions, mais je ne suis qu’un homme. Je peux plaquer des dizaines d’adversaires, soulever de la fonte pendant des heures, enchaîner les femmes, subir les critiques acerbes des commentateurs sportifs, mais affronter Connor, me mettre à nu devant lui, parler des sentiments que j’ai pour sa sœur étaient impossibles.

J’ai pris mon parti de la situation : des filles différentes chaque soir, mais une seule qui retenait véritablement mon attention.

Une seule.

Ce jour-là, mon match avait été catastrophique. Deuxième défaite de la saison et je savais que je n’avais pas été bon. Le coach n’avait pas été tendre, nous rabrouant violemment dès notre retour aux vestiaires. Cerise sur le gâteau, j’étais blessé à la cheville et certainement privé de mes deux prochains matchs.

J’étais seul. Mes coéquipiers avaient quitté le stade, la tête basse et le moral dans les chaussettes. Je repliai ma serviette pour la ranger dans mon sac. Depuis le coup de sifflet final, je tentai de garder mon calme, d’analyser la situation, de réfléchir à mon pauvre niveau de jeu.

— Bordel, jurai-je en envoyant mon poing dans la porte.

— Tu as été déplorable, fit une voix derrière moi.

Je pivotai vers Sophia, souriant en la voyant vêtue d’un mes anciens maillots et d’un jean élimé. Comme toujours, fabuleuse. Comme toujours, intouchable. Appuyée au chambranle de la porte, elle m’adressa un sourire compatissant.

— Est-ce que je peux entrer ? demanda-t-elle en jetant un coup d’œil circulaire dans le vestiaire.

— Tout le monde est parti.

Je m’assis sur un banc et Sophia s’installa près de moi. Sa jambe touchait la mienne et l’odeur infecte qui régnait ici ne semblait pas la déranger.

— Tu feras mieux au prochain match, j’en suis certaine.

— Je me suis blessé, m’agaçai-je.

— Je sais.

— Tu aurais dû me dire que tu venais au match, je t’aurais fait placer dans une de ces cabines privées avec champagne et petits-fours !

Elle éclata de rire, dissipant dans l’instant mon humeur maussade et tourmentée. Elle se pencha en avant, cala son menton dans le creux de sa main et m’offrit un nouveau sourire.

— C’est comme ça que tu me vois ?

— Comment ?

— Comme une fille fragile et… mondaine ? précisa-t-elle après une seconde de réflexion.

— Disons que je ne te vois pas beugler comme une bête sauvage et buvant de la bière au goulot.

— Tu serais surpris. Quand tu as fait cette passe contre les Patriots, c’était phénoménal. La foule scandait ton nom ! Il n’y a pas ce genre d’ambiance en cabine privée.

— Contre les Patriots ? répétai-je, stupéfait.

— L’an dernier, avant-dernier match du championnat régulier. Juste avant…

— Les play-off, finis-je pour elle. Tu étais là ?

— Je suis toujours là, Austin. Toujours. J’ai pris l’habitude que tu m’ignores.

— Je ne t’ignore pas, ripostai-je presque immédiatement.

Elle rit de nouveau, puis se releva et se planta devant moi, poings sur les hanches. Instinctivement, je reculai, redoutant une nouvelle attaque furtive et douloureuse.

— Je sais, admit-elle, tu respectes une promesse. Une promesse ridicule et idiote, mais…

— Sophia, la dernière fois que j’ai tenté de… t’aborder, tu as failli me luxer l’épaule. Comme l’aurait fait la majorité des hommes, j’ai interprété ça comme un refus.

— Ce n’était pas un refus, s’énerva-t-elle.

— Ah bon ? Alors quoi, tu prends plaisir à faire du mal aux hommes pour les séduire ?

— Dit l’homme qui prend plaisir à mettre des hommes à terre pour un vulgaire ballon ?

— C’est mon métier, rétorquai-je, vexé.

— Et je ne suis pas une proie, Austin.

Je clignai des yeux, m’interrogeant sur cette conversation surréaliste. Comment étions-nous passés des play-off à notre non-relation ? Sophia était devenue une amie, je respectais toujours le pacte, tout cela me convenait.

Me convenait plus ou moins, dirons-nous.

Sophia se pencha et prit mon visage entre ses mains. Une vague de panique me submergea, me tétanisant sur ce banc. Elle déposa un baiser furtif sur mes lèvres, avant de souder son front au mien.

— Je suis désolée pour ton match et pour ta blessure. Je ne suis pas venue ici pour me disputer avec toi.

— Alors pourquoi es-tu là ?

— Parce que le jeu a assez duré. Je ne suis pas une proie, Austin, je ne suis pas non plus fragile. Et pour ta gouverne, j’adore manger italien. J’aime les roses, les pâtisseries à la crème et marcher pieds nus dans mon appartement.

Elle noua ses doigts autour de ma nuque et m’embrassa de nouveau doucement, avant de me libérer.

— Je dois y aller. Bonne chance pour ta cheville.

Elle s’éloigna, franchit la porte et j’entendis ses pas résonner dans le couloir.

C’est à cet instant que j’ai compris que sceller ce pacte avec Connor n’était pas la seule mauvaise décision de ma vie.

La pire décision de ma vie allait se produire ici, dans ce vestiaire puant, avec ma cheville blessée et mon ego maltraité.

— Sophia, attends, je t’invite à dîner. Italien, c’est ça ?

Oui, c’était une très mauvaise décision. Et c’était la deuxième. Il paraît que c’est « Jamais deux sans trois » ; et je redoute vraiment la prochaine.





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ISBN 9782280340489

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